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Saint Martin du Fresne
Le traité de Lyon signé le 17 janvier 1601, par les représentants d'Henri IV roi de France, et de Charles Emmanuel, duc de Savoie, en présence du légat du Pape, constitue pour les pays de l'Ain un événement fondateur, mais il apparaît aussi, pour la France et l'Italie, comme une étape déterminante dans leur progression vers leur unité nationale.
La Bresse, le Bugey et le pays de Gex avaient depuis
longtemps pris l'habitude de vivre ensemble, puisqu'ils avaient été réunis,
au moins depuis le début du XV° siècle, dans la " patrie " des ducs de Savoie
dont ils formaient l'ensemble des possessions transrhodaniennes.
En 1536, ils furent une première fois rattachés à la France par François 1er
qui fit une entrée triomphale à Bourg en 1541. En 1559, par le traité du Cateau-Cambrésis,
ces mêmes provinces retournèrent à la Savoie dans la satisfaction générale.
Le traité de Lyon renouvelait donc, mais cette fois définitivement, l'expérience
française, et unissait encore un peu plus ces trois provinces que tant la
nature que les hommes rendaient différentes.
La Révolution, en créant le département de l'Ain, ne fit que reconnaître cette
cohabitation déjà vieille de quatre siècles. Aussi on peut donc affirmer que
l'Ain est né véritablement en 1601.
Le traité de Lyon marque aussi une étape importante dans l'histoire de la
France et de l'Italie. Pour la monarchie française, il mettait fin au rêve
italien caressé depuis la fin du XVe siècle. Le roi abandonnait en effet le
marquisat de Saluces, annexé en 1548 par Henri II et qui constituait un relais
privilégié " au-delà des Monts " vers la plaine du Pô et l'Italie centrale.
En revanche, nos petites provinces francophones agrandissaient le royaume
sur les anciennes terres d'Empire et apportaient à la France une région admirablement
placée (comme elle l'est toujours) entre Lyon et Genève et, surtout, sur les
grandes voies de communication qui unissaient l'Europe du Nord à l'Europe
du Sud.
Les pays de l'Ain s'engageaient ainsi, en 1601, par plusieurs portes, dans
le monde moderne, aidés dans cette progression par le traité de Lyon venu
opportunément clarifier la situation politique.
Au milieu de ce tableau assez sombre, la personne de Jean-Philibert de Bouvent,
commandant de la citadelle de Bourg, n'en apparaît que plus lumineuse, héros
véritable qui resta invaincu pendant toute la guerre et ne rendit les armes
que plusieurs semaines après la signature du traité (9 mars). Si les habitants
ne furent pas appelés à s'exprimer, ils montrèrent au moins, par leurs actes,
les qualités exemplaires dont ils venaient enrichir leur nouvelle patrie.
Malheureusement la puissante citadelle de Bourg, symbole de ce courage et
de cet héroïsme, a disparu à tout jamais.
L'historien bressan Samuel Guichenon, dans son Histoire de Bresse et de Bugey
(1650), donne un jugement que chacun pourra ensuite nuancer à sa manière :
" Les politiques parlent
diversement de ce traité; les uns en donnoient l'avantage au Duc de Savoye,
parce que le Marquisat de Saluces qui estoit la cause de la guerre, luy estoit
demeuré, qu 'il avoit fermé la porte de l'Italie aux François, et avoit réuny
le Piémont en un seul corps que le Marquisat de Saluces divisoit. Les autres
louoyent le Roy d'avoir estendu la frontière jusques aux portes de Genève,
de s'estre acquis le passage libre pour la Suysse et l'Allemagne, et d'avoir
eu plus de centaines de marquis, comtes, barons et gentilshommes qu'il n'y
en avoit de douzaines en tout l'estat de Saluces, et qu'ainsy il devoit avoir
l'honneur du traitté puisqu'il en avoit le profit. Un grand capitaine et grand
politique de ce royaume [Lesdiguières] donnant son advis sur un événement
si remarquable, dit de fort bonne grâce et ingénieusement, que le Roy avoit
traitté en marchand et le Duc de Savoye en Prince ".
Création
du département de l'Ain
1601 -
2001
4° centenaire du rattachement
des pays de l'Ain à la France