Bienvenue sur le site officiel de
Saint Martin du Fresne
SA VIE
De la prime jeunesse de SEBASTIEN CASTELLION, nous ne savons pas grand-chose, si ce n’est qu’il est né en 1515 à ST MARTIN DU FRESNE sous le nom de « CHATILLON ». Nous le retrouvons en 1535, étudiant à LYON, cité libérale de tout temps, où la Réforme dans les idées religieuses agite vivement les esprits. Sa connaissance parfaite du grec et du latin lui permet de fréquenter les grands auteurs classiques, et de revenir à l’origine même des textes (y compris l’évangile primitif). C’est à Strasbourg, où il se réfugie en 1540, peut-être à cause des répressions visant les protestants, qu’il rencontre CALVIN. Il soignera même avec dévouement et courage des pensionnaires de ce dernier lors d’une épidémie de peste.
A 26 ans, S. CASTELLION devient régent d’un collège de la ville de Genève. Il rédige des manuels en latin et transpose en français des scènes bibliques… Très vite des querelles théologiques l’opposent à CALVIN, et ce dernier l’empêchera de devenir pasteur, ce qui constitue un préjudice financier alors que CASTELLION est maintenant marié et qu’il doit pouvoir élever dignement ses enfants. Il part alors à BALE, où, en vivant de ce qu’on appelle aujourd’hui des « petits boulots » il publie une traduction française originale de la BIBLE, contestée par les Calvinistes. Enfin, il est nommé professeur de grec à l’Université.
Il mourra à 48 ans le 29 décembre 1563, cinq mois avant son ennemi Calvin, qui lui aura cependant intenté nombre de procès pour hérésie…
SA DEMARCHE SPIRITUELLE.
La Réforme protestante du XVI ème siècle a deux sources intellectuelles :
1- une redécouverte de la Bible (Jean Calvin) : il y est rappelé la centralité de Dieu .
Le salut de l’Homme n’est possible que par la seule grâce de Dieu. Pour Calvin, la liberté de pensée est régénérée par le Christ ; celle de l’homme seul est corrompue…
2- un courant humaniste qui veut donner les outils pour lire, comprendre et interpréter la Bible (Erasme et Sébastien Castellion). Les humanistes affirment la centralité de l’Homme, et sa capacité de se perfectionner grâce à l’éducation et à l’expérience. C’est une réforme en douceur, non violente, qui laisse place à l’opinion individuelle, au libre examen en matière de foi. L’homme doit garder sa liberté de penser.
Les préoccupations de S. CASTELLION vont bien au-delà du Protestantisme. Sa quête personnelle est la recherche d’une religion éthique. Là ou Luther et Calvin affirment qu’on ne se sauve pas tout seul, il ajoute le changement d’âme, transformation de sa propre vie.
Une saine doctrine rend les hommes sains. Une doctrine malsaine rend les hommes malsains….
Pour lui, la pratique de la Charité et celle de l’Amour sont des fondamentaux de la religion.
L’approche du Sacré doit nous unifier et nous mettre en cohérence.
S . CASTELLION appartient à la lignée des penseurs qui posent la non-violence comme la pierre d’angle de la Religion (comme ST FRANCOIS D’ASSISE ).
En effet, quel serait le bénéfice de remplacer une Eglise autoritaire par une autre ?
Lorsqu’il est au collège de la Ste Trinité à Lyon il assiste aux 1ères persécutions antiluthériennes : « votre violence vous rend suspect » dit-il.
Plus tard, S. CASTELLION va prendre la défense de Michel Servet, juif espagnol converti, en rivalité avec Calvin par des écrits qui lui vaudront une mort atroce sur le bûcher. Dans un texte « le Traité des Hérétiques » il se demande le sort que l’on doit leur réserver.
Tuer un homme ce n’est pas défendre une idée, dit-il. Le prétexte du délit d’opinion ne doit pas masquer l’assassinat. Et d’ailleurs c’est une violation flagrante des Commandements divins : « Tu ne tueras point » ! Ce texte est une véritable défense de la Tolérance !
Au fait, savez-vous que, en grec, HERESIE veut dire CHOIX ?
Par contre, S. CASTELLION n’interviendra pas pour d’autres hérétiques comme Jacques Gruet, condamné pour blasphème… Le blasphème est une limite à ne pas dépasser. Il faut rester dans une « Bonne vie » !
Fin 1562, lors du massacre de Valmy, lorsque la France s’embrase, S. CASTELLION édite un petit chef-d’œuvre « Conseil à la France désolée ». Ce manifeste pacifiste et œcuménique s’adresse aux protestants et aux catholiques. Il les exhorte à renoncer à cette guerre dereligion qui est une véritable insulte à Dieu… Il y approfondit sa réflexion sur la violence religieuse et les remèdes que l’on peut y apporter.
« La violence est une maladie de l’Ame »
Il existe des passions qui ne sont pas raisonnables, et parmi elles
« ATTENTION, nous prévient S.CASTELLION, la violence est une maladie contagieuse ! » Comme elle s’en prend à l’autre, elle le contamine…
« Il ne doit pas y avoir forcement de conscience, ni viol de l’âme… »
A toute maladie il est proposé un remède. Voici les remèdes proposés contre la violence.
- d’abord politique : le principe de la liberté de conscience pose que le choix religieux doit être respecté. Pas de collusion dangereuse entre religion et état. Faut-il voir dans l’Edit de Nantes une pré-histoire de notre laïcité moderne ?
- ensuite intellectuel : l’utilisation systématique du Doute, non pas comme scepticismedestructeur, mais comme intelligence croyante. C’est ce qu’a voulu faire S .CASTELLION en éditant sa Bible qu’il ne considère pas comme un texte sacré, mais comme une approche historique qui permet de mieux interpréter l’écrit. Contrairement au protestantisme pur et dur qui s’empare du texte et qui verrouille la possibilité d’avoir d’autres interprétations, comme Luther qui proclame « la Raison est la Putain du Diable ! », S. CASTELLION lui, affirme que « la Raison est la Fille de Dieu ! »
- enfin, personnel :l’amélioration de soi-même est l’intérêt de la religion. Je ne pourrai pas supprimer MA violence si je ne m’attaque pas au fanatique qui est en moi.
S. CASTELLION nous propose donc d’être des chrétiens pratiquants.
LA FOI N’EST PAS SEULEMENT UNE OPTION THEOLOGIQUE MAIS AUSSI UNE TRADUCTION SPIRITUELLE DANS LA VIE DE TOUS LES JOURS, par la pratique de l’Amour et de la Charité.
VOUS AVEZ COMPRIS MAINTENANT POURQUOI CE CITOYEN TROP MECONNU DE NOTRE REGION VAUT LE COUP D’ETRE REDECOUVERT ? N’EST-IL PAS D’UNE ACTUALITE POIGNANTE ? … et ne pourrait-il pas êtreprésenté à tous nos jeunesqui se sentent démunis devant la violence actuelle ? Car finalement, quelle que soit la religion, aux mêmes maux, les mêmes remèdes…
Ce texte a pu être écrit grâce aux propos recueillis lors du colloque du 29 janvier 2005, organisé par le Pr SCHMID Pasteur de la Cathédrale de Genève, « Tolérance et intolérance religieuse entre hier et demain », en présence de Monique et Bernard COTTRET, Professeurs aux Universités de Paris X et de Versailles.
Chantal JANIN-THYVOT
Histoire de Saint Martin du Fresne
~ Hommes célèbres ~