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Saint Martin du Fresne
Dans l'Ain, quatre
communes portent le nom de Saint Martin (du Fresne, de Bavel,
du Mont et de Châtel). Les colonnes de l'annuaire abondent
de ce patronyme le plus répandu en France.
La foire de la Saint Martin, l'été du même nom et le "tube"
du folklore bressan qui y est associé font presque oublier que l'on
fête ce saint pour le 11 novembre, date fatidique du renouvellement
des baux ruraux et des embauches de valets de ferme. La vie de ce saint qui
verra la chrétienté s'installer sur le monde nous est connue
grâce à son biographe, Sulpice Sévère, aristocrate
et avocat bordelais qui dispersera sa fortune pour faire le bien autour de
lui.

CAVALIER
D'ELITE
Le "petit Mars" est né en 316 en Hongrie près du lac Balaton, peu après que l'Empereur romain Constantin ait sorti l'église chrétienne de la clandestinité. Fils d'un vétéran de l'empire qui se voit attribuer une terre près de Pavie, il fugue à 10 ans pour se préparer en secret au baptème et voudra devenir ermite à 12 ans.
Pour planter
le décor de l'époque, en
320 la loi interdit désormais aux
geoliers de laisser les prisonniers mourir de faim, en 325
le dimanche devient officiellement jour férié, tandis que le
premier janvier subsiste comme seul jour de fête paienne et que l'on
interdit les combats de gladiateurs (ce n'est qu'en 574
que le Sénat interdira l'infanticide). En
331, les fils de vétérans
de plus de 15 ans doivent s'engager dans l'armée romaine.
Martin intègre la Garde Impériale, un corps d'élite formé
de 500 cavaliers. Sa conduite ne manque pas d'étonner : il sert son
esclave, lui enlève ses chaussures ... en un temps où l'on considère
que les animaux privés et les esclaves ont à peu près
la même utilité ...
C'est à Amiens en 335 que prend
place l'anecdote du manteau non pas de pourpre comme on le représente
mais blanc, doublé de mouton. Ce jour là, Martin coupe un morceau
de sa chlamyde blanche d'uniforme et l'offre à un pauvre. La nuit suivante,
le Christ lui apparaît en songe, revêtu de ce vêtement.
Cantonné aux tâches de surveillance et de protection, Martin
n'aura sans doute jamais fait couler le sang et à Worms, il défie
César en refusant de combattre : le lendemain, les Germains se rendront
pourtant sans livrer bataille.
ACCLAME EVEQUE DE TOURS
Il quitte l'armée
et rencontre en 356 Hilaire, évêque
de Poitiers bien que marié (le pape Sirice imposera momentanément
le célibat au cours de son pontificat qui a duré de 386
à 399, puis le concile de Latrans
l'imposera définitivement à l'église d'occident). Martin
quant à lui, se sent indigne de devenir diacre et se trouve confronté
aux querelles théologiques liées à l'arianisme.
Il convertit un brigand en se rendant en Italie où il songe devenir
ermite, s'empoisonne en mangeant des herbes sauvages, retourne à Poitiers
puis, à l'occasion de voyage à Tours et comme Saint Ambroise,
est proclamé évêque par la foule malgré son allure
hirsute et sale et l'opposition de certains prélats.
C'est à cette époque que le latin devient langue d'église
à la place du grec (il nous en reste le kirie eleison) et la Bible
en latin de Saint Jérôme verra le jour au début du Vème
siècle.
L'évêque
Martin n'est pas très conventionnel. Il se montre à la fois
contemplatif et agissant.
Missionnaire en terre paienne, il voyage beaucoup, vit dans le dépouillement,
lutte contre le paganisme, convainc en accomplissant des miracles (il a à
son actif trois résurrections), arrête le feu, détruits
les idoles, empêche un arbre de s'abattre sur lui, écarte les
démons, apaise les tyrans, commande aux oiseaux, dialogue avec les
saints, fait taire les chiens et pêcher des poissons ...
Il installe sa retraite à Marmoutier, fondant avant la lettre une sorte
de monastère où l'on pratique le jeûne, la prière
et la copie des manuscrits. Martin fait preuve d'une étonnante modernité
lorsque par exemple, allant à l'encontre de ce que sera plus tard l'inquisition,
il refuse d'associer aux châtiments spirituels comme l'excommunication,
des châtiments corporels.
Martin décèdera vers 80 ans près de Fontevraud le 8 novembre
397 et un immense cortège accompagnera
sa dépouille lors de ses funérailles célébrées
à Tours le 11 novembre.
STAR
DE LA CHRETIENTE
Une querelle
se fera jour autour de ses reliques réclamées d'une part par
les poitevins qui réclament le corps parce que Martin a été
leur abbé, d'autre part par les tourangeaux parce qu'il a été
leur évêque, enfin par les milanais parce que c'est là
qu'il est devenu moine.
Un basilique est consacrée par saint Perpet dès le 4 juillet
470 pour recevoir son tombeau qui devient
le lieu du plus grand pèlerinage de la Gaule, placé en 511
sur le même plan que ceux de Rome et Jérusalem. Le culte de Saint
Martin allait en effet se développer de façon considérable
et justifier plusieurs fêtes religieuses réparties au cours de
l'année liturgique qui a d'ailleurs longtemps commencé le 11
novembre.
Le lieu où l'on conservait la chape de saint Martin - la capella - a donné naissance au mot chapelle. Clovis se rendra sur le tombeau du saint à deux reprises et notamment avant la bataille de Vouillé lors de laquelle il vaincra Alaric en 507. C'est à la basilique de Tours qu'il recevra les insignes impériaux. Martin aidera aussi les Francs à vaincre les Normands qui assiégeaient Tours en 903 et Jeanne d'Arc lui fera ses dévotions en 1429 en venant faire réaliser son armure dans cette ville.
La " vie de saint Martin de Tours " , rédigée par Sulpice sévère allait devenir un véritable best-seller international du vivant même de son auteur : on s'arrache son volume à Rome, à Carthage, à Alexandrie et partout on le recopie. La vie de saint Martin est traduite en vers, mise en scène dans des fabliaux, jouée dans un mystère de 12000 vers qui dure trois jours.
L'ALTER
EGO NICOLAS
La France - sans
compter l'Europe- a baptisé 400 communes et 4000 paroisses du nom de
ce saint dont Venance Fortunat disait que "partout où le Christ
est connu, Martin est honoré".
Martin
possède un alter ego dans l'église d'Orient : Nicolas , lequel
n'a cependant pas eu de Sulpice Sévère pour rapporter sa vie.
Evêque de Myre en Asie mineure, il y serait mort au IVème siècle
et ce n'est qu'en 1087 que des corsaires
s'emparent de ses reliques. Son culte se développe très rapidement.
Il devient le patron de la Russie, ses miracles sont racontés dans
tout l'orient et leur récit gagne l'occident. Qui ne connaît
pas la résurrection des trois enfants mis au saloir par un aubergiste
!
Comme Martin , il est choisi comme évêque par le peuple et à
Rome, 85 églises ou couvents lui sont dédiés. C'est lui
qui, par détournement, donnera naissance au Père Noel. Le 6
décembre on distribuait des cadeaux aux enfants le jour de sa fête
et peu à peu la silhouette à la longue barbe et à la
hotte débordante de présents allait s'imposer, puis se déplacer
de trois semaines pour correspondre à la fête de Noel, autre
occasion de fête pour les enfants.
Des prénom et leurs dérivés, de nombreuses églises et lieux saints permettent de faire encore le parallèle avec Martin, cet autre évêque du IVème siècle. Ils allaient tous deux contribuer au développement de l'Eglise : l'un en Orient, l'autre en Occident.
JH LAURENT
Bibliographie
: Martin de Tours, Régine Pernoud, 1996 , Bayard éditions
Saint Martin
Un nom pour quatre communes